Compétences et âges : un lien à construire
L'âge d'être vieux... une réalité très relative

Le vieillissement : déclin ou richesse de l'expérience ?

On observe des phénomènes extraordinairement variables selon les individus, leur « histoire de vie », leurs conditions de travail, les possibilités de « s’entretenir » (au plan physique et cognitif) dont ils disposent, etc. Loin d’être lié à la seule limitation des aptitudes, l’âge doit  être considéré comme une ressource, partout où l’expérience professionnelle représente une valeur ajoutée.

L’âge d’être vieux est une construction sociale, et dépend donc de la conjoncture

Les cessations anticipées d’activité ont eu un effet social de dévalorisation, intériorisé parfois dès 45 ans : Il en est résulté une attitude générale de « retrait », de désinvestissement du travail et de marginalisation relative. Tous les auteurs s’accordent sur ce constat qui n’est pas propre à la France : à la  fin des années 50 en Grande-Bretagne, plus de la moitié des hommes en activité dépassaient la quarantaine.

La question n’est pas " être ou ne pas être "… vieux, elle est de se sentir vieux… ou non.

L’évolution du monde du travail depuis deux décennies, dans son rapport au temps, est contradictoire avec l’histoire des individus : du côté du travail, l’immédiateté, le temps comprimé dans l’instant présent, de l’autre la durée, nécessaire à la construction d’une vie qui a besoin de se projeter dans un avenir espéré meilleur. Ainsi, certains, brutalement, se sentent trop vieux. On se sent vieux pour un changement de trop, après avoir fait tout son possible pour suivre les changements de cap, les restructurations, les mutations technologiques ou non, pendant des années. On se sent vieux par absence de changement, alors qu’on a fait tant d’efforts pendant des années en espérant améliorer son travail ou les services à rendre et que l’on est toujours au même point 20 ans après ou que la reconnaissance de ces efforts n’est toujours pas au rendez-vous. On se sent vieux au travail quand ce travail qui n’était qu’alimentaire n’a plus sa raison d’être : la maison est payée, les enfants sont installés…

On se sent vieux parce qu’on le lit dans l’attitude, le discours ou le regard des autres : c’est la formation refusée parce que " place aux jeunes ", c’est se faire traiter de « vieux ronchon » parce qu’on refuse d’avaler des couleuvres, c’est la mutation dans un service éloigné des clients parce qu’on ne fait plus assez bien, assez jeune pour l’image, la vitrine de l’entreprise, c’est la préretraite non prévue qui vous est annoncée sans ménagement...
Cette typologie, non exhaustive, est tirée des observations cliniques de Marie-Pierre Guiho-Bailly, chef de service de Psychiatrie à l’hôpital de Cholet, pour des patients qui évoquaient leur travail. Elle a montré ainsi combien des événements liés à l’organisation du travail avaient une place prépondérante dans le sentiment d’être vieux.
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