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L'usure professionnelle


Malgré l'allongement de l'espérance de vie, les inégalités sociales devant la mort persistent : à 60 ans, les cadres supérieurs ont une espérance de vie  de 24 ans, contre moins de 15 ans pour les ouvriers qualifiés (Source INSEE)

L’âge est un puissant révélateur des difficultés auxquelles les métiers sont soumis

Toute réduction de ces difficultés est donc bénéfique pour tous. Elle réduit l’usure prématurée des plus jeunes et permet aux plus âgés de rester. Il est ainsi nécessaire de prendre en compte le vieillissement au travail dès le début de la vie active. En effet, les conditions de travail peuvent être en elles-mêmes un facteur de vieillissement. Ainsi, une mauvaise ergonomie peut générer des difficultés majeures. Par contre, un espace adapté permettant d’alterner les postures, des outils évitant les sollicitations extrêmes des articulations permettent aux salariés vieillissants de travailler aussi vite que des jeunes pour la même tâche ( )

Au delà des effets du vieillissement naturel... les caractéristiques du travail

L’enquête interprofessionnelle ESTEV, menée en France auprès de plus de 20.000 salariés par plusieurs centaines de médecins du travail en 1990, 1995 et 2002, explore les formes de déficiences induites par le travail. Les résultats confirment que les dégradations fonctionnelles ont un « calendrier » différent d’une personne à une autre et d’un emploi à un autre. Les caractéristiques du travail sont centrales dans ce « vieillissement différentiel ». Dix ans d’exposition au bruit, à la répétitivité de gestes sous forte contrainte de temps, au port de charges lourdes, à des postures pénibles, augmente la proportion de salariés présentant des déficits autant que le ferait une différence d'âge de quinze ans. Une même durée de vie active aura donc des effets très différents selon la qualité de vie au travail.

Cette enquête, et bien d’autres, largement validées par les scientifiques et les praticiens, ont permis d’identifier les variables les plus significatives de ces risques d’usure. Les plus récurrentes  au plan statistique sont :

Toutes ces configurations professionnelles sont autant d’éléments qui, couplés avec l’avancée en âge, sont génératrices de problèmes de santé qui altérent la qualité de vie non seulement au travail mais également bien après l’âge de départ en retraite. Ces mêmes études ont clairement montré que la prévention du vieillissement prématuré nécessite une vigilance dès les premières années de la vie de travail, et non pas de remplacer les plus fatigués par des jeunes plus résistants pour les postes les plus pénibles.

L'expérience des salariés agit à contre-courant des effets potentiels du vieillissement biologique. En effet, la connaissance de l'activité et des tâches à réaliser permet de prévoir, de réguler les contraintes et d'organiser le travail en optimisant les marges de manœuvre. La situation est tout autre s’il s’agit d’un travail physique lourd, de cadences rapides, d’une organisation du travail rigide, de changements organisationnels ou techniques répétés... Le travail se révèle alors pénalisant pour les plus âgés comme pour une fraction des plus jeunes, tant par sa difficulté en elle-même que par l’usure qu’il produit. Sources d'exclusion, ces situations accélèrent le processus de vieillissement. Dans ce cas, c’est la conception du travail qui doit être remise en cause plutôt que l'âge ou les aptitudes des salariés.