Par secteur d'activité
Industrie

ADAPEI 49 : Une cartographie au service des parcours professionnels

Pour rendre les entretiens professionnels fructueux, l’entreprise adaptée Adapei a réfléchi sur ses compétences et construit un référentiel qui visualise toutes les progressions  possibles.
 
Secteur : sous-traitance industrielle et prestations de services
Activité : câblage électrique ; montage industriel ; montage bois ; tampographie ; tôlerie ; espaces verts.
Effectifs : 159 salariés dans 3 établissements
Localisation : Avrillé, Cholet, La Pommeraye (Maine-et-Loire)

Les Ateliers Adapei 49 sont une structure de travail protégée (entreprise adaptée). Ils ont engagé une réflexion sur les compétences début 2005, suite à l’obligation de mener un entretien professionnel tous les deux ans, inscrite dans la loi sur la formation tout au long de la vie (Loi du 4 mai 2004).  
Le service socio-éducatif avait l’habitude de faire le bilan des aptitudes et besoins de formation de ses salariés. Mais ce bilan intervenait tous les 3 à 5 ans et avait un objectif essentiellement administratif (renouvellement de l’orientation professionnelle à la Cotorep).
Un diagnostic mené par Eric Melchior (CNAM) montre la nécessité d’aller vers une démarche compétence et de construire un support solide pour piloter les entretiens et leur donner du sens. Il recommande aussi d’y associer les chefs d’équipe puisqu’il s’agit d’entretiens professionnels.
Avec le soutien de l’Opcareg, une démarche expérimentale démarre. Un groupe de travail se met en place. Il réunit des chefs d’atelier, des chefs d’équipe, des représentants du service socio-éducatif et cible une activité commune aux trois établissements : le câblage-filerie.
Le groupe produit un outil original : une cartographie des différentes activités exercées dans le câblage. Il permet de visualiser les compétences à maîtriser pour chaque activité et d’envisager des passages de l’une à l’autre soit en améliorant un niveau de technicité, soit en acquérant une compétence supplémentaire. C’est aussi un outil d’évaluation de chaque personne en vue de l’entretien : le support est très visuel - des cases sont coloriées en fonction des savoirs maîtrisés et du degré de technicité - car beaucoup de salariés, déficients mentaux, ne maîtrisent pas l’écrit.
Les entretiens dans l’activité câblage se sont déroulés en 2006 avec ce support. Ils ont donné lieu à des changements de poste et à des formations.
Le référentiel est à présent en phase de généralisation. Les activités espaces verts et tampographie ont réalisé le leur, selon la même méthode. Les activités bois, tôlerie, montage industriel s’y attellent.


Point de vue : Marie Meunier, directrice adjointe, responsable du service socio-éducatif des trois ateliers ADAPEI .
« Le produit d’une réflexion partagée et collective »
« Nous poursuivions un double objectif avec cette démarche : améliorer la performance de l’entreprise et répondre aux besoins des ouvriers. Par conséquent, mettre en adéquation les projets professionnels des ouvriers et les besoins de l’entreprise. Aujourd’hui, les marchés sont de plus en plus pointus et techniques. Améliorer la polyvalence, se perfectionner régulièrement permet de répondre à ces exigences et, au-delà, nous souhaitons, grâce au développement des compétences, permettre aux ouvriers de pérenniser leur poste de travail.
Le travail mené pour établir le référentiel a fait l’objet de débats intenses entre le service éducatif et les chefs d’équipe. Comme le souligne Véronique Lailler, l’éducatrice qui participait au groupe de travail, ce débat a été très utile car si tout le monde avait été d’accord au départ, on ne serait pas allé aussi loin dans le détail des compétences développées dans les activités. Le produit final est vraiment le résultat d’une réflexion partagée et collective.
L’intérêt du référentiel, c’est d’avoir des éléments objectifs. De ce fait, les difficultés observées peuvent être traduites en termes de projet.
C’était la première fois que les chefs d’équipe conduisaient des entretiens. Il y ont été formés et disposent d’un guide d’entretien.
De leur côté, chaque ouvrier a un guide préparatoire à l’entretien professionnel qui comprend beaucoup de questions sur ses conditions de travail. Il peut se faire aider.
Avant l’entretien, c’est la peur qui prédomine – peur de se voir imposer des changements, surtout. Mais ils sortent tous avec le sourire. Il y a même trop de projets et de demandes, il faut donc établir des priorités car on ne peut pas accompagner 100 % des projets. Mais nous conservons les demandes et prévenons les ouvriers de la suite qu’on leur donne pour ne pas créer de déceptions ».


Point de vue : Antoine AGAT, chef d’équipe, atelier câblage d’Avrillé (17 personnes), membre du groupe de travail.
« Un support qui permet un très bon échange »
« Dans le groupe de travail, mon attente était de tout mettre à plat, pour voir où développer des compétences pour arriver à une certaine polyvalence. Avec la cartographie, nous nous sommes rendu compte que les postes techniquement difficiles augmentaient depuis plusieurs années. Cela nous permet de nous préparer à l’avenir.  Nous avons aussi défini des critères d’évaluation objectifs qui montrent où se situe l’ouvrier par rapport à l’atelier. Lors de l’entretien, l’ouvrier voit que c’est fondé, que cela concerne tout le monde et pas seulement lui. Cela le rassure. C’est un support qui permet un très bon échange lors de l’entretien. Comme on apporte matière à discuter, on a des réponses. Et les chefs d’équipe sont très demandeurs d’échanges avec l’ouvrier, car c’est très rare de l’avoir en face à face. L’entretien est aussi l’occasion de découvrir des compétences que les personnes ont et qu’on ignore. Cela a été le cas avec une personne qui avait fait de la soudure. On l’a remise à la soudure et elle a été opérationnelle très rapidement puisqu’elle connaissait déjà le domaine.
Les entretiens ont débouché sur des formations internes ou externes, à des aides au DIF, ou plus simplement sur des propositions d’amélioration de la qualité sur telle activité.
La cartographie va évoluer. On s’aperçoit déjà d’évolutions depuis le moment où elle a été faite. Par exemple, le degré 1 de technicité va disparaître. Il s’agit de travaux très simples qui n’ont plus vocation à rester dans une entreprise adaptée. »

Violette QUEUNIET